L'histoire de l'escrime et du duel est indissociable de celle de la Spéciale. Malgré les mesures prises par le général BELLAVENE, dès 1803, qui fit enlever de l'armement les sabres et les baïonnettes, les élèves continuèrent de se battre avec des fleurets démouchetés, des pointes de compas emmanchés au bout de bâtons ou des baguettes de fusil aiguisés. On comptera, dans l'histoire de Saint-Cyr quatorze élèves tués et une centaine de blessés par duels. Mais pour comprendre un tel engouement pour cette pratique, que plus d'un jugerait morbide, il faut se pencher sur les origines du duel...

Attendez !... je choisis mes rimes... Là, j'y suis.
Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais lentement l'abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,

Et je tire mon espadon ;
Élégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Myrmydon,
Qu'à la fin de l'envoi je touche !

Vous auriez dû rester neutre ;
Où vais-je vous larder, dindon ?...
Dans le flanc, sous votre maheutre ?...
Au cœur, sous votre bleu cordon ?...
- Les coquilles tintent, ding-dong !
Ma pointe voltige : une mouche !
Décidément... c'est au bedon,
Qu'à la fin de l'envoi, je touche.
Il me manque une rime en eutre...
Vous rompez, plus blanc qu'amidon ?
C'est pour me fournir le mot pleutre !
- Tac ! je pare la pointe dont
Vous espériez me faire don ;
- J'ouvre la ligne,
- je la bouche...
Tiens bien ta broche, Laridon !
A la fin de l'envoi, je touche.

ENVOI
Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe je feinte...
Hé ! là donc,
A la fin de l'envoi, je touche.

Le XVIIe siècle est le siècle des duels. Bien qu'interdite, les duellistes ne veulent pas abandonner cette pratique leur permettant de laver leur honneur avec courage et panache. L'épée, arme des officiers et des gentilshommes se sanctuarise, malgré l'apparition progressive du pistolet. Certains vont même jusqu'à défier effrontément les édits royaux en s'affrontant au sein même du Palais de Versailles.

C'est par le courage, par son courage seul qu'un gentilhomme fait son chemin aujourd'hui. Ne craignez pas les occasions et cherchez les aventures. Battez vous à tout propos, battez vous d'autant que les duels sont défendus et que, par conséquent, il y a deux fois du courage à se battre.

Mais il est d'autant plus vain de supprimer les duels que, dans le même temps, le maniement de l'épée prend toutes ses lettres de noblesse, grâce au développement de l'escrime à la française et à la qualité de ses maîtres d'armes.
Il faut du courage et un véritable panache pour provoquer en duel, affronter la mort et ne pas la redouter. Cyrano en est sans nul doute le plus bel exemple. Maniant aussi finement les rimes que l'épée, il tient, de fait, une place de choix dans le cœur de tous les Saint-cyriens. Si beaucoup le considèrent comme une incarnation du panache, les escrimeurs voient également en lui un excellent bretteur.

Mais le panache aussi c'est avoir l'excellence
D'offrir une ballade en réponse à l'offense […]
Ne pas trop se presser pour occire quelqu'un
Et faire d'un duel un drame peu commun.
Tuer, mais sur le ton de la plaisanterie
Pour que le drame ait l'air d'être une comédie.
Le panache est ici de l'âme un supplément,
Comme de la grandeur l'ultime complément,
Un délicat refus de se prendre au tragique,
Un sourire posé sur un acte héroïque,
Afin d'offrir à Dieu l'âme de ce butor
Dans un joli paquet avec des rubans d'or.

Et si les temps ont changé, la salle d'armes continue d'abriter les vertus qui armaient autrefois les bras des plus fines lames. Lorsque les fers se croisent et que résonnent le bruit des armes, les souvenirs héroïques des grands épéistes remplissent le cœur des escrimeurs. Lorsque redoublent les assauts, le spectateur prend conscience qu'au delà d'un sport, l'escrime est avant tout une affaire de gentlemen où priment l'honneur, la beauté du geste, la force morale et le respect de l'adversaire.

Monsieur de Bergerac est mort, je le regrette.
Ceux qui l'imiteraient seraient originaux.
C'est la grâce aujourd'hui qu'à tous je vous souhaite :
Soyez de petits Cyrano.

Le « Club M », le club des Maîtres d'armes, s'est ouvert à ces officiers, rêvant de panache et de gloire, qui inlassablement apprennent bottes, parades et fentes, sous le regard bienveillant des portraits de leurs illustres anciens. Et ainsi, envers et contre tout, résonne encore dans la salle d’armes de Saint-Cyr cette devise séculaire :

Honneur Aux Armes !
Respect Aux Maîtres !


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