Saint-Cyr fournit en cadres à potentiel élevé l'Armée de Terre et la Gendarmerie mais aussi - on le sait moins - le monde civil, le public comme le privé.
Au départ simple pépinière de chefs militaires, le niveau universitaire de son recrutement ainsi que la qualité de la formation morale, technique et intellectuelle qui y est dispensée n'ont cessé de croître.
Aujourd'hui, un concours niveau BAC+2 ouvre une scolarité sanctionnée par un mastère. Et à l'aube du XXIème siècle, Saint-Cyr sélectionne ses élèves directement à BAC+4 et BAC+5. Sans jamais pour autant négliger sa spécificité qui relève de l'éthique propre au corps des officiers.

Consulat, Premier Empire et Restauration (1802­-1830)
Le 11 floréal an X (1er mai 1802), dans le cadre d’une loi d’ensemble réorganisant l’enseignement en France, Napoléon Bonaparte, Premier consul, décide qu’« il sera établi dans une des places fortes de la République une école spéciale militaire, destinée à enseigner à une partie des élèves sortis des lycées les éléments de l’art de la guerre. Elle sera composée de 500 élèves formant un bataillon et qui seront accoutumés au service et à la discipline militaires ». Et le 5 mai 1803, avec les premiers admis, l’École ouvre ses portes et reçoit peu après son drapeau, marqué de la devise, fière et contraignante, que lui a fixée l’Empereur : ILS S’INSTRUISENT POUR VAINCRE. Installée tout d’abord dans une aile du palais de Fontainebleau, elle y demeure jusqu’en 1808, quand, à la fois pour des raisons de place pour la cour impériale et de calme nécessaire à l’instruction, Napoléon la transfère à Saint-Cyr, dans les vieux bâtiments de la maison royale des dames de Saint-Louis, établie par la marquise de Maintenon en 1686. Elle va y demeurer jusqu’au début de la Deuxième guerre mondiale, attachant définitivement le nom de Saint-Cyr à sa désignation militaire.
A la chute de l’Empire, plus de quatre mille officiers sont sortis de l’École mais après les Cent-Jours, la Restauration réduit cette institution napoléonienne à l’état de simple école préparatoire, la « Petite école », en attendant une nouvelle création, à Paris, de l’École royale militaire fondée par Louis XV, en 1751. Mais l’implantation dans la capitale pose de multiples problèmes. Devant les avantages présentés par Saint-Cyr, le 31 décembre 1817, c’est là que le maréchal de Gouvion Saint­-Cyr, ministre de la Guerre, installe finalement la nouvelle École royale spéciale militaire, pour y former les officiers des compagnies de Gardes du corps du Roi, du Corps d’état-major, de l’Infanterie et de la Cavalerie. Il la dote d’une organisation rationnelle du recrutement de la durée et du contenu des études, inchangée dans ses grandes lignes jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Cette période voit l’apparition des premiers usages traditionnels saint-cyriens. Les brimades imbéciles et dangereuses qui marquaient l’arrivée des recrues sous l’Empire se tempèrent en plaisanteries estudiantines, les balançoires. La monarchie restaurée qui n’a pas conservé la devise impériale, accepte la désignation de Premier bataillon de France : c’est ainsi qu’est présentée l’École au roi Louis XVIII, par le maréchal Oudinot, duc de Reggio, ministre de la Guerre, en août 1819. Delpy de La Roche connaît le premier Triomphe, qui n’en porte pas encore le nom. Les Brutions font déjà parler d’eux. L’École royale spéciale militaire, héritière de la fondation impériale, se voue aux Bourbon et en 1830, assure la sécurité du roi Charles X, à Saint-Cloud. Le maréchal de camp prince Octave de Broglie de Revel, commandant l’École, après un vote à main levée des officiers et des élèves, emporte avec lui le drapeau fleurdelisé, « pour le soustraire à toute profanation ». C’est seulement en 2002 que l’emblème revient dans le patrimoine national, grâce à l’esprit d’ouverture du prince Amaury de Broglie de Revel, descendant du prince Octave.

Monarchie de Juillet et Second Empire (1830-­1870)
Il faut toute l’habileté d’un Louis-Philippe pour conquérir le cœur des Saint-Cyriens. Mais il y parvient. La Monarchie de Juillet et le Second Empire correspondent pour l’École à une évolution de la mentalité des élèves qui, des débordements d’étudiants frondeurs (au cours de véritables révoltes, les élèves viennent à lever la main sur leur général, le fameux et futur maréchal comte Achille Baraguey d’Hilliers) passent peu à peu à un esprit de discipline plus adapté à leur prochain état d’officier. Beaucoup des usages traditionnels actuels se confortent durant ces quarante années : le langage, le chant de la Galette (1845), les cérémonies (Triomphe et Baptême), les noms de promotion. La tenue de l’Infanterie de 1845 devient le grand uniforme de Saint-Cyr, le GU. Enfin, en 1855, Napoléon III, accueillant en France la reine Victoria, décide pour lui plaire, de fleurir le shako des Saint-Cyriens lui rendant les honneurs, d’un plumet blanc et rouge. Cette gracieuseté fut d’ailleurs assez peu appréciée des élèves officiers d’alors pour qu’ils surnomment ce qui est maintenant le symbole et l’orgueil de l’École du nom de l’oiseau coureur exotique casoar, juste arrivé au Jardin des plantes et dont la beauté demeure discutable. A la fin de cette période, à la veille de la guerre contre la Prusse, l’École a déjà donné à l’Armée le maréchal Aimable Pélissier (1855), le maréchal François Canrobert (1856), le maréchal Patrice de Mac­Mahon (1859), futur président de la République, le maréchal Élie Forey (1863) et près de 1 700 officiers généraux ou fonctionnaires de rang équivalent.

Troisième République (1870-­1945)
A l’instar de toute l’Armée française, l’École spéciale militaire, après le désastre de 1870, prépare la revanche. La première promotion après la guerre, la 55ème, à l’École de 1870 à 1872, prend le nom de promotion de la Revanche. Mais la devise napoléonienne, trop contredite par la défaite, devient : ILS S’INSTRUISENT POUR DÉFENDRE LA PATRIE et lors de la remise des nouveaux emblèmes, à Longchamp, en 1880, l’École reçoit un drapeau marqué simplement, comme pour tous les autres corps de troupe : HONNEUR ET PATRIE. Malgré l’exutoire des expéditions coloniales, les esprits sont tournés vers la « ligne bleue des Vosges » et en août 1914, à la veille du départ pour le front, dans un élan épique, Allard­ Méeus, de la promotion de Montmirail, la promotion à l’origine de la légende des « casoars et gants blancs », lance au-delà des frontières : « VOUS NOUS AVEZ VOLÉ L’ALSACE ET LA LORRAINE... GARDEZ VOTRE PAYS... NOUS Y SERONS DEMAIN » Mais avant d’en arriver là, c’est presque un demi-siècle de labeur, dans la dureté de la discipline, la rigueur de l’instruction militaire et la contrainte de la pompe. L’École mérite alors complètement son image de première école de formation d’officiers. La Grande Guerre fait payer un lourd tribut aux Cyrards mais elle démontre aussi la qualité de l’enseignement dispensé, par les chefs que l’on voit arriver à la tête des troupes, le maréchal Philippe Pétain (1918), plus tard chef de l’État Français, le maréchal Hubert Lyautey, le maréchal Louis Franchet d’Espèrey et le maréchal Joseph Galliéni (tous trois en 1921) ; et combien d’autres encore aux différents niveaux de commandement.
La paix revenue, le drapeau retrouve sa devise napoléonienne, perdue en 1871. L’École reprend sa mission de formation des cadres de l’armée de Terre et même jusqu’en 1937, au sein de l’Escadrille, des officiers de l’Armée de l’air. La défaite de 1940 voit l’École s’installer à Aix-en-Provence mais avec l’entrée de l’occupant dans la zone libre, elle est définitivement fermée. Sauvé de l’ennemi par le colonel Léon Le Page, le drapeau est caché jusqu’en 1945 : il n’y a plus d’École spéciale militaire. C’est l’École militaire interarmes de Cherchell qui reçoit, dès 1944, l’héritage de Saint-Cyr et en 1945 son emblème. Ailleurs, dans divers territoires de l’Empire et en Grande-Bretagne, l’École militaire des cadets de la France libre, on s’emploie à transmettre aux jeunes patriotes l’esprit de l’officier français.
Après la Deuxième guerre mondiale, outre le personnage historique de Charles de Gaulle, l’École spéciale militaire voit son excellence reconnue par l’élévation à la dignité militaire suprême, en 1952, de trois de ses anciens élèves, le maréchal Jean de Lattre de Tassigny, le maréchal Alphonse Juin et le maréchal Philippe Leclerc de Hauteclocque. Bien d’autres participent à cette reconnaissance, les uns par leur sacrifice, d’autres par les services qu’ils ont rendus aux différents niveaux de la hiérarchie même s’ils n’en ont pas atteint les sommets.

Quatrième et Cinquième Républiques (1945­-2012)
La guerre est terminée mais à Saint-Cyr-l’École, les bombes alliées ont écrasé le Vieux bahut. Définitivement installée dans les landes bretonnes et après bien des aléas quant à son recrutement et à l’enseignement à y dispenser, l’École spéciale militaire interarmes reprend la mission de formation qu’assumeront ensemble, un peu plus tard, quand en 1961 elle sera scindée, l’École spéciale militaire et l’École militaire interarmes. C’est à une promotion au dynamisme rarement égalé, la Nouveau Bahut, que l’École doit de retrouver son grand uniforme et ses usages traditionnels. Passé le temps des guerres coloniales, l’Armée a besoin d’un nouveau style d’officier, associant à la pratique des valeurs pérennes des officiers de guerre, les capacités de cadres dirigeants. L’École spéciale militaire et sa sœur l’École militaire interarmes, chacune à leur façon, savent aujourd’hui répondre à cette exigence. Depuis 1982, après un concours de haut niveau aux options diversifiées, bientôt ouvert aux jeunes filles, le stage à la Spéciale dure trois années que sanctionnent des diplômes universitaires sans que la formation du chef militaire soit négligée. Enfin, en 2002, une nouvelle réorganisation permet un recrutement direct en 2ème et 3ème années de jeunes gens justifiant d’un niveau BAC+4 et BAC+5, ouvrant ainsi le corps des officiers à l’élite de l’Université. Pour autant l’École ne perd pas son âme. Fidèle à la Tradition militaire et à l’exemple de ses anciens, elle demeure bien ce qu’en disait en 1923 le vainqueur de Verdun : « l’École par excellence de la jeunesse, où l’on entre sans calcul d’ambition ni d’intérêt, parce qu’on a le goût de l’action et une âme prête à se dévouer à la grandeur de la Patrie. On s’y forme à ces vertus de droiture, de courage et d’honneur qui, de tout temps, furent celles de l’officier français. On prend sa place dans un milieu où la camaraderie est plus développée qu’en aucun autre et où elle fait le charme de l’existence ».

Général (2S) Jean Boÿ, 
Promotion Maréchal Bugeaud (1958­-1960)
(Source: LA SAINT-CYRIENNE)

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